
Les mots en disent parfois beaucoup plus sur un pays que le sens strict de leurs modestes consonnes.
Au Japon, le terme momijigari désigne rien de moins que l’observation des feuillages d’automne. Proche du hanami (la contemplation des fleurs, en premier lieu celles des sakura, les célèbres cerisiers japonais), la tradition existerait depuis des siècles, passe-temps de la noblesse devenue rituel populaire. Et c’est vrai qu’ils sont superbes, ces momiji (érables) écarlates, tout à la fois flamboyants et délicats, qui éclatent en un feu d’artifice de rouges, d’orange et d’ambre.
Pour l’Occidental, comme souvent au Japon, l’activité garde quand même une part de mystère. Est-on censé regarder les érables rougissants à la loupe ? Ou de loin ? Pousser de bruyants cris de joie ou prendre un air pensif et pénétré ?
On ne comprend pas tout et c’est très bien comme ça. Avant de descendre sur le tarmac de Narita Airport, l’étranger doit laisser dans l’avion sa grille de lecture occidentale, lâcher prise et se laisser porter, presque flotter. Accepter d’être un peu Lost in Translation, pour reprendre le titre de ce film qui décrit si bien l’effet étrange que le Japon a sur le visiteur.
Ceci fait, on pourra apprécier le momijigari et le komorebi – la lumière du soleil diffusée à travers les feuilles des arbres –, et méditer sur ce haïku célèbre du poète Ryôkan :
Elle se montre de dos
Elle se montre de face
La feuille virevoltante de momiji